L’essentiel

Vous vous rappelez peut-être de la chanson « L’essentiel » de la chanteuse Ginette Reno.  Elle parle des choses qui sont importantes dans la vie : l’amour, avoir quelqu’un qui compte pour nous, ne pas se retrouver seul.  C’est aussi un peu ce que Jésus fait dans l’évangile de Marc d’aujourd’hui.  Il nous parle de ce qui est essentiel.  Et il part d’un principe important : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat. »  En d’autres mots, les structures et les rites ne comptent pas pour grand-chose.  C’est la personne humaine qui est importante ; c’est la personne humaine qui compte d’abord et avant tout.  Dans le contexte religieux de son temps, ce n’était pas une attitude très commune.  Trop souvent, les chefs religieux voulaient que les gens obéissent à une multitude de règles, souvent aveuglement.  Jésus rejette cette attitude qui va à l’encontre de la liberté humaine.  A vrai dire, l’épisode raconté dans l’évangile de Marc, c’est un peu le début de la fin pour Jésus.  C’est comme s’il voulait provoquer ses interlocuteurs, et il décide donc de guérir un homme avec une main atrophiée.  L’évangéliste nous dit que c’est à compter de ce moment-là que les autorités cherchent à le détruire.  On ne badine pas avec le sabbat !     

         Je me rappelle de certains dimanches de mon enfance.  Ils pouvaient être terriblement « plattes, » comme on disait souvent à nos parents.  Si nous étions chanceux, après la messe du matin, nous irions chez ma grand-mère à la campagne; sinon, il fallait rester tranquilles…..et surtout propres.  Le dimanche, c’était pour le repos.  En soi, l’attitude n’était pas mauvaise—cette idée d’avoir un break, une période d’accalmie, une pause pour réfléchir—mais c’était sans doute difficile et un peu pénible pour des enfants, qui préféraient aller jouer dehors.  Le dimanche devenait donc, pour nous, une obligation dépourvue de vrai sens.  C’était plus une obligation sans grande valeur qu’une occasion pour nous de nous imbiber de la vraie signification du Jour du Seigneur.     

         Pour Jésus, ce sont les besoins humains qui passent d’abord et avant tout.  Même s’il faut respecter l’intégrité du jour du Seigneur, et de nos engagements religieux, cela ne veut pas dire qu’il faut devenir prisonnier de règlements et d’attitudes qui n’ont rien à voir avec une vie libre d’enfant de Dieu.  Et c’est trop souvent le cas à l’intérieur de nos églises et de nos sociétés dans le sens le plus large.  Combien de fois avons-nous entendu dire ceci : « Si nous faisons une exception pour eux ou elles, même si c’est urgent, tout le monde va vouloir en profiter.  Si nous accueillons trop de réfugiés, le monde entier va nous envahir. »  Et certains chefs politiques ne se gênent pas pour profiter de ce discours haineux et misanthrope.  Nous retrouvons la même attitude parfois à l’intérieur de nos églises, que ce soit envers les femmes, les minorités visibles ou les minorités sexuelles.  En nous rappelant que les règlements, les institutions et les structures sont créés afin de servir la personne humaine, et non le contraire, Jésus veut nous rappeler à l’ordre.  Il veut que nous ayons les bonnes priorités, que nous partagions sa propre vision des choses, et que cela devienne, pour nous, une vraie règle de vie.

         Car la liberté des enfants de Dieu est une liberté qui nous pousse bien au-delà des structures établies, au-delà des contraintes humaines, au-delà de tous ces règlements qui nous gardent captifs et trop souvent enfermés à l’intérieur de nous-mêmes.  La liberté des enfants de Dieu n’est pas satisfaite avec un rigide code de conduite ou des interdits ; elle nous pousse toujours vers des horizons de plus en plus élargis.  Amen.                           

 

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