La tentation

Le diable peut-il nous enseigner quelque chose? Vous trouvez peut-être que c’est une drôle de question, ou que c’est même un peu vieux jeu que de parler du diable, et peut-être avez-vous raison. Mais dans l’évangile d’aujourd’hui pour ce premier dimanche du carême, celui de la tentation du Christ dans le désert, nous pouvons dire que le diable joue un rôle primordial. Il serait sans doute intéressant de réfléchir sur l’existence ou non du diable, mais ce n’est pas mon but cet après-midi. Parlons plutôt de tentations—car nous devons bien avouer que nous en avons tous—et c’est une chose sur laquelle l’église nous propose de réfléchir en ce début de carême. Même le mot « tentation » peut nous sembler un peu démodé. Mais pouvons-nous vraiment dire que nous ne subissons plus de tentations dans nos vies? Le Christ a été tenté. Pourquoi, alors, en serions-nous exemptés?

À vrai dire, le Christ est tenté par des choses qui nous sont très familières, de par notre condition humaine: par la sur-indulgence (le diable lui dit: « ordonne à cette pierre de devenir du pain »), par la gloire terrestre (le diable lui dit: « je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes »), et par l’arrogance (le diable lui dit: « si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas »). Le diable sait très bien ce qu’il fait. Il connaît nos points faibles, qui étaient les mêmes pour Jésus en tant qu’être humain. Et que sont les réponses de Jésus à ces offres très alléchantes que lui fait le diable: la modération (« l’homme ne vit pas seulement de pain »), la dévotion (« c’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras »), et, non le moindre, l’humilité (« tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu »). Nous pouvons parler d’importantes vertus chrétiennes, mais ce ne sont pas des vertus très sexés, comparées à ce que le diable propose. Elles vont décidément à contre-courant dans une culture hautement individualiste et déracinée comme la nôtre. Le carême nous donne l’occasion de méditer sur notre simple condition humaine qui peut parfois—et ce, en dépit de toutes nos bonnes intentions—nous jouer de vilains tours. Ce n’est pas le diable qui est responsable de nos égarements; c’est d’abord et avant tout, nous-mêmes. Même si le diable, comme image et symbole du mal, peut parfois nous transmettre d’importantes leçons, comme dans l’évangile.

Comprenez-moi bien. Je ne suis pas en train de vous dire que nous sommes tous des pêcheurs indomptables. Encore moins que nous sommes des mauvaises personnes, et que nous devons, chacune et chacun, nous repentir sans fin, même si le repentit c’est assurément une bonne chose en soi. Mais je nous lance plutôt une invitation. En cette période du carême, je nous invite à nous regarder avec justesse et honnêteté avec les yeux de Dieu. Je nous invite à réfléchir sur nos imperfections et nos manquements, en dépit de nos grandes bontés. Je nous invite à examiner les cassures qui nous éloignent les uns des autres. Je nous invite à un regard critique et nécessaire sur nous-mêmes, non pas pour nous blâmer, mais plutôt pour que nous devenions de plus en plus ce que Dieu veut que nous soyons. Je vous invite à traverser ce temps de prise de conscience pour aboutir à la joie de la Résurrection.

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