La force de Marie

Dans l’extrait de l’évangile de Jean d’aujourd’hui, nous avons un texte qui met en scène un conflit entre une mère et son fils.  Il s’agit bien sûr des fameuses noces de Cana, l’occasion du premier miracle de Jésus, et le conflit est entre lui et Marie.  Mais est-ce vraiment un conflit ?  Cela ressemble plutôt à un match de ping-pong : Marie fait une remarque à Jésus ; Jésus se demande ce que cela a à faire avec lui (avec un ton un peu sec, on doit le dire) ; Marie l’ignore et dit aux serviteurs de suivre les ordres de son fils.  C’est Marie qui agit avec confiance et détermination ; Jésus, lui, paraît un peu à l’écart de l’action et ne fait que suivre les instructions de sa mère.  On pourrait donc dire que c’est un peu le miracle de Marie. 

         Habituellement, ce texte des noces de Cana sert à deux choses : à parler du mariage comme un sacrement institué par Jésus—ce qui est problématique, car le mariage n’est devenu un sacrement de l’église chrétienne qu’au 12e siècle—et aussi à marquer le début du ministère publique de Jésus.  Mais rarement parlons-nous de Marie, comme si elle n’avait qu’un simple rôle de soutien.  C’est un peu malheureux, car ce passage de l’évangile nous donne l’occasion de réfléchir plus profondément sur la place de Marie dans notre foi chrétienne.  Nous les anglicans, nous ne parlons pas très souvent de Marie, comme si de le faire serait une forme d’idolâtrie.  C’est un des fâcheux legs de la Réforme du 16e siècle.  Pourtant, Marie peut nous en apprendre beaucoup sur notre relation avec Jésus, son fils. 

         La première chose qui nous frappe dans ce texte, c’est comment Marie est préoccupée par les besoins des gens : les hôtes manquent de vin.  Si ça vous est déjà arrivé, vous savez combien cela peut être gênant.  Lorsque nous recevons des invités, nous ne voulons manquer de rien.  Marie, donc, est attentive ; elle regarde et écoute, et elle veut faire quelque chose pour aider.  Et elle a confiance, aussi.  Lorsqu’elle se tourne vers son fils pour qu’il l’aide, elle ne doute de rien, en dépit de la réponse négative de Jésus.  « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »  Jésus a dû penser que sa mère avait un méchant culot !  Mais il fait ce qu’elle veut qu’il fasse.  Elle ne se laisse donc pas intimider.  Pour Marie, ce qui compte avant tout, c’est la situation fâcheuse  dans laquelle les gens se retrouvent.  Elle est là pour répondre avec générosité à leurs besoins.  Elle est vigilante et soucieuse.

         Marie nous propose un modèle de comportement chrétien : attentionné en ce qui concerne les besoins des autres, et n’ayant pas peur de demander à Dieu, par l’entremise de son fils, de rectifier la situation.  Imaginez si nous avions le même genre de relation avec le Christ que Marie avait avec lui lors des noces de Cana: nous l’approcherions avec confiance et avec détermination, sûrs de sa réponse positive.  J’ai l’impression qu’il y aurait beaucoup plus de prières exaucées.  Dieu n’est jamais insensible à ce que nous demandons.  Marie peut donc nous montrer la façon de faire : c’est-à-dire avec franchise, sincérité et confiance, mais aussi avec force, vigueur et certitude, ne prenant pas « non » comme réponse définitive.  Amen.

 

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