Du Dieu inconnu au Dieu qui nous connaît

Pâques 6

Actes des apôtres 17, 22-31; Psaume 66, 8-20; 1 Pierre 3, 13-22; Jean 14, 15-21

Le très révérend Bertrand Olivier, Doyen et Recteur


Chers frères et sœurs, chers amis, bienvenue à cette cathédrale qui est notre maison commune, un lieu où se croisent tant de visages, d’histoires et de quêtes. Aujourd’hui, alors que nous célébrons ce 6ᵉ dimanche de Pâques, je voudrais vous inviter à une petite exploration. Une exploration de ce que nous croyons connaître de Dieu, et de ce que, peut-être, nous ne connaissons pas encore vraiment.

Si nous ouvrons les Actes des Apôtres, chapitre 17, nous retrouvons l’apôtre Paul à Athènes. Imaginez la scène : Paul se tient devant l’Aréopage, au cœur d’une cité intellectuelle, philosophique, remplie de temples et de statues. Il regarde autour de lui et voit un autel avec cette inscription : « Au dieu inconnu ». Paul ne se moque pas de cet autel. Au contraire, il en fait le point de départ de son message. Il dit : « Ce que vous adorez sans le connaître, c’est moi qui viens vous le révéler. »

C’est une image puissante pour nous aujourd’hui. Combien de fois, dans nos vies, dans nos prières, dans nos doutes, ne faisons-nous pas face à un « Dieu inconnu » ? Nous avons des idées, des images, parfois des peurs. Nous construisons des autels à nos propres conceptions de la divinité. Mais le Dieu que nous révèlent les Écritures, le Dieu que Jésus nous a montré, est bien plus grand, bien plus intime, bien plus aimant que tout ce que nous pouvons imaginer.

Le paradoxe, c’est que si nous ne connaissons pas ce Dieu, Lui, Il nous connaît. Infiniment. Avant même que nous ne formions une pensée, avant même que nous ne prononcions une parole, Il nous connaît. Comme le dit le Psaume 66 que nous venons d’entendre : « Que toute la terre acclame Dieu ! » Pourquoi ? Parce qu’Il est celui qui voit, qui entend, qui soutient. Il n’est pas un lointain observateur, mais un Père qui nous porte.

Et c’est ici que la promesse de Jésus, dans l’Évangile de Jean, prend tout son sens. Jésus dit : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements. Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur, pour qu’il soit avec vous à jamais : l’Esprit de vérité. »

Ce « Défenseur », cet « Esprit de vérité », n’est pas une force abstraite. C’est la présence même de Dieu en nous. C’est Celui qui va nous aider à faire cette découverte : découvrir que le Dieu que nous cherchons est déjà là, en nous, autour de nous. L’Esprit Saint est ce guide intérieur qui nous permet de passer de la connaissance théorique à la rencontre vivante. Il est celui qui transforme notre foi en une relation.

Cette relation, elle ne se limite pas à un royaume lointain, céleste, hors du temps et de l’espace. Oui, le Royaume de Dieu est transcendant, il dépasse notre compréhension. Mais Jésus nous rappelle aussi : « Le Royaume de Dieu est au milieu de vous ». Il est ici, maintenant. Dans cette cathédrale, dans nos familles, dans nos luttes, dans nos joies. L’Esprit Saint nous permet de construire ce Royaume, pierre par pierre, acte par acte, amour par amour. Chaque fois que nous tendons la main, chaque fois que nous pardonnons, chaque fois que nous écoutons, nous bâtissons ce Royaume présent.

La semaine dernière, au cours de l’introduction à la spiritualité bénédictine, j’ai parlé de la règle que St Benoit avait écrit pour encourager ses communautés de moines.

Son premier mot en set : « Écoute, mon fils ».

Ce mot, « Écoute », a résonné dans la vie de tous ceux qui entreprennent ce chemin intérieur, et a le pouvoir de résonner en nous.

Que pourrait-il signifier pour notre vie intérieure ?

Dans notre monde bruyant, où tant de voix nous sollicitent, où tant d’informations nous submergent, l’écoute devient un acte révolutionnaire. Écouter, ce n’est pas seulement entendre des mots. C’est ouvrir son cœur. C’est faire silence pour permettre à Dieu de parler. Et Dieu parle souvent dans le silence, dans le souffle, dans la paix qui traverse nos âmes.

Nous avons parlé de prière à notre service en ligne mardi soir, et la conversation a été vive sur le sujet. Nous avons tous des a priori sur la prière, souvent pour dire que nous ne nous sentons pas à la hauteur, que nous ne savons pas comment faire.

Comme on l’a dit, la vie de prière, telle que nous l’appelons souvent, ne doit pas se réduire à une liste de demandes. Bien sûr, il est bon de présenter nos besoins à Dieu. Le Notre-Père que Jésus nous a enseigné commence par « Notre Père qui es aux cieux », mais il continue par « Que ta volonté soit faite ». C’est une prière d’alignement, de confiance, d’abandon. Mais la prière contemplative va plus loin. Elle nous invite à être simplement présents. À être à l’écoute de la Parole de Dieu, non pas pour en extraire des règles, mais pour laisser cette Parole transformer notre cœur.

Imaginez la prière comme une conversation avec un ami très cher. Vous ne passez pas tout le temps à lui demander des choses. Vous passez du temps à simplement être ensemble, à partager le silence, à savourer sa présence. C’est cela, la prière contemplative. C’est laisser l’Esprit Saint travailler en nous, sans pression, sans attente immédiate. C’est apprendre à dire : « Seigneur, je suis là. Je t’écoute. Parle, car ton serviteur écoute. »

Cette écoute nous permet de découvrir ce Dieu que nous ne connaissons pas encore pleinement. Elle nous révèle qu’Il nous connaît, qu’Il nous aime, et qu’Il veut marcher avec nous. Et quand nous marchons avec Lui, nous devenons des artisans de son Royaume.

Notre communauté de la cathédrale est diverse, inclusive, riche de ses différences. C’est un reflet de ce Royaume que nous bâtissons. Chaque personne ici, avec son histoire, ses blessures, ses espoirs, est appelée à contribuer à cette construction. L’Esprit Saint ne choisit pas les parfaits ; Il choisit ceux qui sont prêts à écouter, à aimer, à servir.

Alors, pour cette semaine qui s’ouvre devant nous, je vous invite à une petite pratique. Prenez un moment, chaque jour, pour faire silence. Éteignez les écrans, posez vos livres, fermez les yeux. Et dites simplement : « Seigneur, je suis là. Je t’écoute. »

Laissez l’Esprit Saint vous guider. Peut-être que dans ce silence, vous entendrez une parole, une pensée, un sentiment de paix. Peut-être que vous découvrirez que le Dieu que vous cherchiez était déjà là, vous attendant, vous aimant.

N’ayez pas peur de l’inconnu. N’ayez pas peur de ne pas tout comprendre. Le Dieu que nous adorons n’est pas un Dieu de réponses toutes faites, mais un Dieu de relation. Il veut nous connaître, et Il veut que nous Le connaissions. Et cette connaissance, elle se vit dans l’amour, dans le service, dans la prière, dans l’écoute.

Que l’Esprit Saint, ce Défenseur promis par Jésus, soit notre guide. Qu’Il nous aide à découvrir ce Dieu inconnu qui nous connaît infiniment. Qu’Il nous permette de bâtir, ici et maintenant, ce Royaume de paix, de justice et d’amour.

Amen.

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