Appeler au travail de Dieu

HOMÉLIE—10 février 2019—Appeler au travail de Dieu

         Lorsque j’étais conseiller pédagogique à l’université auprès des étudiants et étudiantes de premier cycle, je devais souvent répondre à une question qui les préoccupait énormément : qu’est-ce que je peux bien faire avec un bac en sciences religieuses ?  Sans doute une question importante, mais à laquelle je ne pouvais pas leur donner une réponse définitive.  Certainement, je ne pouvais pas leur promettre un emploi, surtout dans le domaine dans lequel ils étudiaient.  Ce que j’essayai de faire, ce fut plutôt de les rassurer que leurs études ne seraient pas en vain, et qu’ils devaient demeurer attentifs et ouverts aux multiples possibilités qui s’offriraient à eux.  Quelque chose allait se présenter.  Ils ne devaient donc pas perdre espoir.

         Regardons ce qui se passe dans nos lectures d’aujourd’hui.  Dans la première, le prophète Isaïe, avec un cri d’enthousiasme, dit à Dieu « Me voici : envoie-moi ! »  Mais remarquez que le travail exigé par Dieu n’est pas spécifié.  Dans l’évangile, Jésus ordonne à Pierre de jeter son filet de pêche au large, mais Pierre est sceptique ; il a déjà fait ça et n’a rien récolté.  Pourtant, il le fait.  Là encore, Jésus ne dit pas pourquoi il demande à Pierre de suivre son conseil.  Isaïe et Pierre répondent donc dans l’affirmatif sans vraiment savoir ce à quoi Dieu les appelle.  Éventuellement, Isaïe deviendra un vrai prophète—et Pierre, « pêcheur d’hommes, » comme le dit Jésus.  Remarquez la séquence des évènements dans les deux cas : Dieu lance un appel, sans pour autant spécifier la nature du travail ; les deux répondent dans l’affirmatif ; ils se purifient en confessant leurs fautes ; et ce n’est qu’à ce moment-là que leur tâche leur est assignée.  C’est comme si Dieu voulait les surprendre, ou leur faisait passer un test.  On peut donc se demander : Dieu agit-il ainsi dans nos vies ?  Pourquoi ne pas être clair, dès le début, sur le travail auquel nous sommes destinés ? 

         En tant que chrétiennes et chrétiens baptisés, nous sommes tous appelés, vous et moi, à construire le royaume de Dieu sur terre.  Mais souvent, ce n’est que très tard que nous apprenons en quoi ce travail consiste.  Dans mon cas, cela a pris presqu’un demi-siècle, lorsque, dans la soixantaine, j’ai été ordonné prêtre dans la tradition anglicane.  J’ai fait beaucoup de choses importantes avant ça—des études de séminariste catholique et de l’enseignement universitaire, entre autres—mais c’est vraiment mon identité de prêtre qui me définit, et où je me sens accompli.  C’est là que ma réponse à l’invitation de Dieu a le plus de résonance.   

         Dieu lance donc son appel, souvent en ne spécifiant pas le pourquoi ni le comment, mais en attendant de nous une réponse positive.  C’est une question de confiance.  Tout comme pour l’étudiante ou l’étudiant qui me demandait pourquoi ils devaient étudier dans leur domaine sans garantie d’emploi, notre réponse à l’invitation que Dieu nous fait a toujours une part d’incertitude et de crainte.  Rien, en réalité, n’est certain ou définitif.  La seule chose à laquelle on peut se rattacher fermement, c’est l’invitation de Dieu et la satisfaction d’accomplir son travail.

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