Un temps de repos et de réflexion

Homélie pour le cinquième dimanche après la pentecôte

Romains 7.15-25a – Mathieu 11.16-19, 25-30

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Le très révérend Bertrand Olivier, Doyen et Recteur


Venez à moi vous tous qui êtes fatigués de porter un lourd fardeau et je vous donnerai le repos.

Les jours sont longs, le soleil est au rendez vous, la température est montée en flèche et nous nous sentons bien. L’été est arrivé.

Mais au cours des derniers mois, il aura été facile de se sentir accablé de lassitude face au poids de tout ce qui ne va pas actuellement dans le monde et dans nos vies.
– COVID-19 bien sûr, la politique mondiale, nationale et provinciale en matière de santé, et pour nous-mêmes, l’isolement et le confinement ou le fait d’être obligés de sortir pour travailler dans un environnement dangereux
– le discours de nombreux hommes politiques dans des pays du monde entier, des États-Unis au Brésil, de la Hongrie à la Grande-Bretagne, discours qui continue à diviser et polariser les populations
– la pression continue sur l’environnement, avec un répit temporaire pour la planète qui nous a donné l’espoir – maintenant vain – que après Covid, l’humanité pourrait freiner sa course, et que nous pourrions inverser les dommages qui semblent de plus en plus irréversibles et qui changeront la vie telle que nous la connaissons encore plus qu’une pandémie.
– la mort innommable de George Floyd devant les caméras, et les nombreux autres décès causés par le racisme, et la montée du soutien global à l’opposition aux systèmes qui ont soutenu le racisme ouvert ou systémique pendant bien trop longtemps.

Ces événements, et les nombreux autres problèmes auxquels nous avons pu être confrontés dans nos médias, ne peuvent que créer en nous un sentiment de lassitude et de malheur tel qu’il est difficile de savoir vers qui nous tourner pour obtenir de l’aide.

Ajoutez à cela les pressions exercées par les médias sociaux d’organiser nos vies pour qu’elles paraissent idéales en public même lorsque nous ne nous sentons pas bien, alors que nous sommes souvent désemparés, et la boucle est bouclée.

Le ralentissement des mois d’été pourra peut-être nous apporter un répit individuel, mais pourrait-il nous fournir des solutions.

Pour les chrétiens concernés, en particulier ceux qui, comme beaucoup d’entre nous, ont une fibre militante, l’envie est bien sûr de vouloir s’engager avec tout ce qui semble mauvais dans le monde, le péché, corporatif et personnel, qui nous entoure.

Mais la quantité de ce qui doit être fait et de ce avec quoi s’engager est également écrasante. Où commence notre tâche et quand est-elle terminée ? Et les choses que nous faisons, sont-elles les bonnes priorités pour nous, ou y a-t-il encore un examen de conscience à faire ? Le bon discernement est essentiel.

Les lectures qui nous sont fournies aujourd’hui peuvent nous aider à réfléchir en ce début d’été.

Notre lecture de l’Évangile commence par la tentative de Jésus de trouver des mots pour décrire sa génération – mais ça pourrait aussi être la nôtre. Et il trouve ce qui ressemble à une de ces chansons d’écoliers: « Nous t’avons joué de la flûte, et tu n’as pas dansé ; nous avons gémi, et tu n’as pas pleuré. »

Mais il apparaît rapidement dans l’histoire que, comme les personnalités opposées de Marie la contemplative et de Marthe la travailleuse, il parle de Jean-Baptiste le rabat-joie et du Fils de l’Homme qui jouit d’un peu trop de la vie.

Notre premier instinct face à ceux qui nous rappelleraient à une vie bien vécue sous Dieu est de trouver la faille évidente et de l’utiliser, telle une caricature, pour ridiculiser le porteur de vérités qui pourrait nous sauver : Jean a un démon, le Fils de l’Homme est un glouton et un ivrogne. Point final.

Et c’est bien sûr une énigme difficile pour Dieu. Que doit faire Dieu pour rendre son message évident ? Trop de sainteté, pas assez de sainteté – y a-t-il un juste milieu qui permette au message de transcender le messager ? Même si quelqu’un revient d’entre les morts, écouteront-ils et elles, écouterons-nous nous même ?

Dans ses méditations sur l’Évangile selon saint Matthieu, le moine trappiste et théologien Erasmo Leiva-Merikakis écrit que le jeûne de Jean et la fête de Jésus perturbent tous deux « l’apathie écrasante » de ceux qui se sont installés dans un monde aliéné de son Créateur.

Pour lui, la « douleur purificatrice » du repentir et la « joie transfigurante » de la communion avec Dieu nous éloignent d’une étreinte complaisante du monde tel qu’il est, et nous appellent vers la nouvelle création qui a vu le jour en Jésus-Christ.

C’est une nouvelle qui change la vie, si seulement nous pouvions l’intégrer. Mais bien sûr, nous sommes plus inconstants que cela, pensant que nous avons nous-mêmes – grâce à nos connaissances, notre intellect et notre intelligence – réussi à comprendre plus que ce qu’un prophète effrayant pouvait dire, ou même que le modèle que le Fils de Dieu nous demande de suivre.

Et pourtant, nous savons et croyons aussi que « Dieu n’est connu que comme un don de grâce incroyable ». Jésus nous rappelle que personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et que personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils et quiconque à qui le Fils choisit de le révéler. De sorte que nos propres tentatives pour connaître le Fils et le Père se terminent souvent par des images façonnées à notre image – nous faisons en sorte que Jésus nous ressemble, parce que nous ne pouvons pas vraiment connaître Jésus…

À ce stade, Jésus étonne son public et nous étonne aussi : « Merci à Dieu de cacher ces vérités aux sages et aux intelligents, mais de ne les révéler qu’aux enfants ».

Je me demande ce que vous en pensez ? Aucun d’entre nous ne veut se considérer comme un enfant, mais l’essence de notre vie en Dieu n’est-elle pas d’abandonner notre suffisance et notre cynisme, de retrouver notre innocence et de reconnaître notre dépendance totale à la Grâce divine, plutôt que la dépendance totale de Dieu à notre égard ?

Bien sûr, ici, Jésus choisit les enfants comme descripteur pour tous ceux qui se tournent vers Dieu sans prétention de connaissance sauf leur besoin de Dieu, ceux qui sont prêts à recevoir la connaissance qui nous est donnée en Jésus. Ils savent que nous ne sommes pas autosuffisants, mais que nous dépendons de la Grâce divine. Ils ne considèrent pas le Christ crucifié comme une pierre d’achoppement ou une folie, comme le dit Paul, mais au contraire nous laissons Dieu être Dieu.

Et la bonne nouvelle aujourd’hui, c’est que Jésus ne demande pas un tas de tâches ardues supplémentaires, une charge de travail accrue ou des sacrifices additionnels, mais qu’il demande au contraire aux personnes fatiguées et à celles qui portent de lourds fardeaux de devenir des disciples sous un joug bienfaisant et au fardeau léger.

Il nous offre un chemin qui devrait être approprié, adéquat et vivifiant pour nous, au lieu d’un poids insupportable qui nous entraîne vers le bas.
Aujourd’hui, nous sommes invités à une sorte de sabbat divin, un lieu où nous pouvons nous libérer du stress et de la tension de la condition humaine, où nous pouvons être rafraîchis – rafraîchis non pas pour devenir totalement passifs, mais au contraire pour pouvoir répondre à l’invitation d’apprendre à la source de Jésus, qui est doux et humble de cœur, et à modeler nos vies sur la sienne. Non pas pour mettre en évidence nos défauts, mais plutôt pour célébrer tout ce que Dieu est capable d’accomplir dans et par notre vie.

Bien sûr, nous savons que suivre Jésus peut parfois mener à la croix. Mais le fait est que la croix se trouve à l’intersection du bien et du mal dans le monde, et non pas de notre propre fabrication.

Dans notre passage de la lettre de Paul aux Romains, nous sommes confrontés à des idées similaires : en utilisant une comparaison inopportune à l’esclavage que Deborah a mise en évidence la semaine dernière, les Romains sont invités à reconnaître qu’ils ne peuvent pas se libérer du péché par leurs propres efforts – c’est seulement l’œuvre du Christ qui peut les libérer de tout ce qui les empêche d’être en véritable communion avec Dieu. Le mal qui les entoure est simplement une force trop grande pour être combattue seule.

Alors, qu’en est-il de nous aujourd’hui, qui sommes fatigués et lourdement chargés nous aussi ? En ces semaines d’été où l’abondance nous entoure, Dieu nous invite à un temps de repos, de réflexion et de croissance, un temps pour identifier les maux qui nous entourent et qui nous écrasent, pour les tenir dans la lumière de Dieu et pour prier.

Prier pour que Dieu nous délivre de tout ce qui nous retient, en particulier les liens que nous nous créons, pour que nous soyons libres de suivre les traces du fils de Dieu et de jouir de la vie dans sa plénitude, tout en aidant à ce que cela devienne une réalité pour les autres autour de nous.

Selon les mots de St Ambroise : « Nous avons un médecin – suivons son remède ! Notre remède est la grâce du Christ ».

Amen

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