L’objectif de la communauté chrétienne

Le seizième dimanche après la pentecôte – 12 septembre, 2021

Esaïe 50, 4-9a ; Ps 34, 1-8 ; Jacques 3, 1-12, Marc 8, 27-38

Le très révérend Bertrand Olivier, Doyen et Recteur


Je suis ravi de vous voir si nombreux ici dans la cathédrale, ainsi qu’en ligne, alors que nous nous réunissons en ce dimanche de ” retour à la cathédrale “.

La semaine dernière on a vraiment eu le sentiment que la saison estivale venait à sa fin: les jeunes sont retournés à l’école ou à l’université, les adultes sont retournés au travail – soit en cherchant comment se réengager dans le travail en personne, soit en maudissant le nombre de réunions en ligne qui commencent à remplir l’agenda à nouveau.  Le temps se maintient, bien que les nuits soient de plus en plus fraîches. Et les feuilles des arbres sont sur le point de changer de couleur – un autre festival de beauté de la création à contempler dans les semaines à venir, ainsi que l’abondance de la récolte automnale en évidence dans nos épiceries.

Ce dimanche de rentrée a bien sûr un double sens cette année.  La première est celle à laquelle nous sommes habitués depuis de nombreuses saisons, ce retour annuel à l’ordre des choses après les vacances, après les occasions que l’été nous offre de nous reposer, d’être en plein air, de faire d’autres choses, de voir d’autres personnes et de visiter d’autres communautés religieuses.

Mais cette année, c’est aussi peut être un symbole plus significatif de la tentative de retour à une nouvelle normalité, celle à laquelle nous aspirons tant après 18 mois de pandémie et les perturbations que celle-ci à faire subir à notre communauté.

Pour nous, à la cathédrale Christ Church, cela se concrétise aujourd’hui par le retour de notre chorale, qui n’a pas chanté pour les services en personne depuis mars 2020 et qui va chanter à 10h30 ainsi qu’à nos vêpres à 16h.  Nos cœurs se réjouissent de l’arrivée de notre nouvel organiste adjoint Nick et de notre étudiant organiste Owen, ainsi que de la bénédiction de Nicholas Capozzoli au poste de directeur de la musique.

La musique chorale et d’orgue est au cœur de la tradition anglicane, elle nous permet de nous connecter avec nos joies et nos peines et de toucher nos âmes d’une manière que les mots seuls ne peuvent souvent pas faire.  C’est l’une de nos sources d’inspiration divine.  Ce retour à la musique chorale vivante est donc significatif d’espoir dans la vie de notre communauté .

Un autre élément est bien sûr notre bâtiment lui-même, qui nous enseigne par des signes et des symboles les clés de notre foi, tout en racontant le développement de la communauté anglicane à Montréal.  C’est bien sûr notre maison spirituelle, le lieu dans lequel nous avons choisi de nous rassembler et d’où nous sommes envoyés en mission, localement autour de nous et plus loin, où que nous soyons.  C’est ici que nous rencontrons des amis et des étrangers, et que nous tissons les liens de la communauté qui nous unissent dans un culte commun et une expérience commune.

Les bâtiments patrimoniaux comme les nôtres sont importants et ce week-end, dans toute la province du Québec, les Journées du Patrimoine soulignent l’importance de raconter notre propre histoire dans les pierres.  Des guides de visites ont été développés pour aider les visiteurs à comprendre notre histoire et à en apprendre davantage sur notre foi et notre communauté, et pour avoir un aperçu de notre engagement et de notre témoignage chrétien dans le monde, ici, au centre-ville de Montréal.

En cette saison réservée à la réflexion sur la création de Dieu, et alors que les dirigeants nationaux se préparent à se réunir à Glasgow pour la conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP26) afin de revoir les objectifs environnementaux à la lumière de l’accélération de la crise climatique, vous voudrez peut-être jeter un coup d’œil aux présentations préparées par notre groupe d’action pour la justice sociale écologique dans le baptistère après le service.

L’ensemble des passages bibliques qui nous sont donnés aujourd’hui ont un thème éducatif fort – ou du moins nous mettent en garde contre les responsabilités et les périls qui vont de pair avec l’enseignement.

Je me risquerai à dire que, lorsque vous regardez en arrière et que vous vous souvenez de votre propre parcours éducatif, votre mémoire peut immédiatement faire apparaître les enseignants qui ont eu le plus grand impact sur vous.  Moi, je peux certainement penser à deux personnes – l’une, une professeure de mathématiques dans le secondaire, qui était capable de transmettre l’enthousiasme pour sa matière et de décrire l’élégance d’une solution à des équations redoutables, ce qui rendait l’apprentissage fascinant. L’autre, un professeur d’art, qui, d’un simple commentaire, a réussi à anéantir ma confiance dans le dessin et la peinture, commentaire qui résonne encore aujourd’hui dans ma tête chaque fois que je prends un crayon ou un pinceau.

Il ne fait aucun doute que les bons et les mauvais mots ont un pouvoir qui dure bien plus longtemps qu’il ne faut pour les dire.  Nous connaissons tous l’effet affirmatif du bon mot au bon moment ainsi que l’effet dévastateur du mauvais mot au mauvais moment. La capacité à utiliser sa langue avec sagesse et efficacité est cruciale si nous ne voulons pas faire de mal, comme l’ont noté le prophète Ésaïe et l’auteur de la lettre de Jacques.

Cependant, je ne suis pas tout à fait sûr d’être d’accord avec la première ligne du passage de Jacques aujourd’hui, et il est bon qu’elle soit tempérée par l’exortation d’Ésaïe.

L’enseignement prend de nombreuses formes et n’est pas seulement l’apanage d’une minorité.  Nous enseignons tous en permanence, par nos paroles et nos actes – même si l’enseignement formel peut être réservé à quelques-uns.

Au sein de la communauté chrétienne, lorsque nous cherchons tous à nous soutenir mutuellement sur notre chemin de foi, nous sommes tout à tour enseignants et  élèves, nous écoutant les uns les autres, partageant nos idées et notre savoir, nous efforçant de comprendre le sens du texte biblique à la lumière de notre propre foi, de nos connaissances et de notre expérience de vie.

Et la façon dont nous rencontrons les gens pour la première fois et dont nous nous comportons avec les autres enseigne aussi aux gens quelque chose de notre foi chrétienne.

L’un des écueils auxquels nous devons parfois faire face est de savoir que, en tant qu’êtres humains, il nous arrive d’échouer, et que notre langue va au-delà de notre intention, utilisant des mots qui blessent alors que nous devrions utiliser des mots qui affirment et guérissent.  Chacun d’entre nous est, après tout, une oeuvre en cours de finition.  Mais tout est dan l’intentionnalité – et le prophète Esaïe nous invite à nous tenir fermement à notre vocation divine, même face à l’opposition, tandis que Jacques dans sa lettre nous met en garde d’utiliser notre pouvoir de parole pour honorer Dieu en permanence.

Lors de mes voyages à travers le Québec cet été, j’ai été eu l’occasion de visiter un certain nombre d’expositions relatant la vie des premières communautés religieuses qui ont tant contribué à la vie de cette province.

À Rimouski, j’ai vu une petite exposition racontant l’histoire de la congrégation des Sœurs du Saint-Rosaire qui a eu un impact important sur l’éducation dans le Bas-St-Laurentet la Gaspésie.  Et à Québec, j’ai visité le Musée des Ursulines qui montrait leur travail impressionnant d’éducation des jeunes femmes pour qu’elles deviennent le meilleur d’elles-mêmes, et le Musée des Augustines qui montrait le dévouement de cette communauté à la santé et à la plénitude par le développement d’hôpitaux et la promotion d’un mode de vie plus équilibré et plus sain.

Ce sont là des exemples particuliers de vie chrétienne en communauté, avec des engagements, des exigences et des sacrifices spécifiques portant de riches fruits pour la société et le Royaume de Dieu.  Aujourd’hui, alors que ces communautés diminuent, leur travail se perpétue dans les structures qu’elles laissent derrière elles, dans l’impact qu’elles ont eu sur la société et dans la vie des nombreuses femmes et hommes qu’elles ont éduqués.

L’objectif de notre communauté de la cathédrale est similaire.  Nous devons aider les gens, chacun d’entre nous, à trouver la foi, à développer notre relation avec Dieu dans notre cycle de culte et de louange.  Nous devons ensuite vivre notre foi dans le monde de manière à transformer notre vie quotidienne et celle des personnes qui nous entourent, que ce soit dans le domaine des soins de santé ou de l’éducation, de l’accueil, de la recherche bancaire ou de la vente au détail, que nous soyons étudiants ou retraités.

Alors que nous nous réunissons à nouveau en personne cet automne – et que nous maintenons certaines des pratiques utiles que nous avons apprises en confinement – nous rendons grâce pour le large éventail d’intérêts réunis au sein de notre communauté ici.  Du culte à l’éducation des adultes, du service aux pauvres et aux marginalisés lors de notre déjeuner du dernier dimanche du mois, de notre travail de justice avec le groupe ESJAG, de la musique aux arts visuels.  Nous faisons beaucoup – parfois trop – pour nous soutenir et nous nourrir spirituellement, ainsi que pour témoigner au monde que notre foi est vivante et active et qu’elle donne la vie – affirmant tout ce qui est bon et de Dieu dans le monde, et – où nous le pouvons – défiant ce qui va à l’encontre du Royaume de Dieu, un Royaume où toutes les créatures, y compris nous-mêmes, sont aimées et valorisées, et capables de partager équitablement la générosité du monde de Dieu.

Nous continuons à voir beaucoup de ténèbres autour de nous – de la crise environnementale à l’échec de systèmes politiques que nous tenions pour acquis, du cynisme des barons des médias sociaux aux horreurs vécues par ceux qui fuient des régimes en faillite.

Et pourtant, même la plus grande beauté et les plus grandes tragédies trouvent un dénominateur commun.

Le poète jésuite anglais Gerard Manley Hopkins nous a rappelé qu’à la base de toute la création, il y a un rythme, une cadence, un battement de cœur, un mot.  Ce mot est Amour. L’amour divin, celui qui soutient toute vie.  L’amour, le nom de Dieu.

C’est ce que nous ont par exemple rappelé les commémorations des événements du 11 septembre 2001, ce week-end, et les récits des innombrables sacrifices et actes de solidarité faits pour le bien d’autrui en ce jour terrible qui a redéfini notre époque.

C’est le mot qui sous-tend également la mission et le témoignage de notre cathédrale. L’amour – de Dieu, des uns et des autres, de tous nos frères et sœurs qui nous entourent, de toute la création.

Aujourd’hui, alors que nous marquons le début d’un nouveau cycle ici à Christ Church, nous rendons grâce pour la foi qui a inspiré nos ancêtres et les a encouragés dans leur travail d’éducation, de développement et de témoignage ici sur la rue Sainte-Catherine. Nous rendons grâce pour l’amour au cœur de notre communauté cathédrale et pour les manières dont cet amour est exprimé et vécu.

Et nous prions pour qu’au cours de l’année à venir, nous puissions, comme eux, être inspirés de continuer à chercher à grandir dans cet amour et à le partager largement – pour qu’en prenant nos croix, signes de sacrifice mais aussi signes de rédemption, nous puissions continuer à être joyeusement des témoins et des défenseurs du Royaume de Dieu dans notre génération aujourd’hui.

Amen

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