Le fardeau de Dieu

HOMÉLIE—9 juillet 2017—Le fardeau de Dieu

« Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples…Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

La toute première fois que j’ai prêchée sur ce texte, je n’étais pas tout à fait certain de ce que c’était, un joug (le g est silencieux; c’est ce que mon dictionnaire me dit).  Voyez-vous, je ne suis vraiment pas un gars de ferme.  Mais comme je le sais maintenant, un joug, c’est un attelage pour bœufs.  Ce qui le caractérise, c’est à la fois le contrôle qu’il exerce sur les mouvements des bœufs aux champs, mais aussi la liberté de mouvement qu’il leur procure.  Un joug sert donc à restreindre ou à contrôler, mais aussi à permettre une certaine forme de mobilité à l’intérieur de certains paramètres.  Un joug ne doit surtout pas faire mal.  Il doit plutôt servir à discipliner, mais sans imposer de tort.  Cette image est donc fort juste pour parler du « fardeau » de Dieu, que Jésus nous invite à épauler dans ce texte de l’évangile.

Mais est-ce correct de dire que Dieu nous impose un fardeau?  C’est un peu simpliste.  C’est vrai que nous avons tendance à considérer toutes nos peines et nos misères—la maladie, les ennuis financiers ou personnels, même la mort—comme des charges ou des sortes de « tests » que Dieu nous envoie.  Nous disons souvent: « Pourquoi moi, Dieu?  Pourquoi me fais-tu subir telle ou telle chose? »  Cela nous rassure, et c’est vrai que cela nous aide peut-être à mieux supporter nos difficultés.  Mais permettez-moi de vous parler un peu de ma propre réalité en ce moment.  Ma maladie m’apprend plusieurs choses à propos de ma relation avec Dieu.  Et une des choses, c’est que ce qui m’arrive n’est pas la volonté de Dieu.  Ceci n’est pas un test, ni une épreuve, ni une façon de me juger.  Ceci ne m’est pas donné par Dieu pour mesurer ma force, ou ma faiblesse, ou ma capacité à compter sur la bonté divine.  J’ai déjà confiance en la bonté divine, et cela me suffit.  Le confort vient du fait que j’y crois, et mon espérance vient de là.  Oui, je remercie Dieu que les choses vont bien pour l’instant.  Certes, la maladie elle-même est un fardeau, mais elle n’est pas quelque chose que Dieu m’a infligé pour me mettre à l’épreuve.  Voir les choses comme ça me paraît indigne, comme si Dieu voulait nous faire du mal.

Non, le fardeau dont Jésus parle est toute autre.  Il s’agit du fardeau que nous assumons nous-mêmes en choisissant de le suivre—car nous avons définitivement le choix—, en croyant en ses enseignements, et en essayant de vivre selon sa vision du monde.  Et cela nous fait peur, tout naturellement, car nous avons l’impression que ça sera difficile et exigeant, ce qui est sans doute vrai en général.  Mais Jésus nous donne aussi des garanties.  Il parle de facilité, de légèreté, et de repos.  Notre peur vient donc plus du fait que nous ne savons pas toujours à quoi nous attendre.  Car, tout comme pour les bœufs, Jésus ne nous inviterait jamais à porter un fardeau ou un joug qui nous emprisonnerait ou que brimerait notre liberté fondamentale d’enfants de Dieu.  Jésus nous rappelle qu’il est « doux et humble de cœur. »  Et qui ne désire pas le repos avec quelqu’un qui est doux et toujours bon pour nous?

Ceci n’est pas une vision douce ou faussement sentimentale de ce que Jésus exige de nous, bien au contraire, même si nous avons souvent tendance à vouloir comprendre Jésus avec des lunettes roses.  Douceur et force, humilité et robustesse peuvent souvent aller de pair, tout comme dans le cas de Jésus.  Et c’est un peu ça que nous nous devons de faire en tant que chrétiennes et chrétiens: être à la fois des personnes de conviction, mais capables de regarder les autres avec douceur et compréhension, et comprendre et sympathiser avec leur réalité.  Le fardeau que le Christ nous invite à porter, ce ne sont pas nos petits tracas quotidiens, mais celui de l’autrui qui nous fait face.  Le philosophe Jean-Paul Sartre disait que « L’enfer, c’est les autres. »  Nous avons souvent l’impression que c’est vrai, surtout quand les autres nous irritent au plus haut point.  Mais la perspective chrétienne, celle que le Christ nous invite à accepter avec grâce et humilité, c’est plutôt de dire: « En dépit de tout, le ciel, c’est les autres. »  Avec l’aide de Dieu, c’est un joug plus facile à porter que nous ne le croyons.  Amen.

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