Célébrer notre communauté chrétienne

 

HOMÉLIE: 27 août 2017—Célébrer notre communauté chrétienne

Au nom de la sainte et indivise Trinité, un seul Dieu: Créateur, Rédempteur et Consolateur.  Amen.

Aujourd’hui, c’est mon jour de chance.  Ça n’arrive pas assez souvent que les prédicateurs se retrouvent devant le texte parfait pour l’occasion en question, mais aujourd’hui est l’un de ces moments.  En ce dernier dimanche officiel parmi vous en tant que recteur intérimaire, les paroles de saint Paul dans sa lettre à l’Église de Rome disent à peu près tout ce que je voudrais partager avec vous à un tel moment.  Je peux aussi bien m’asseoir et rester silencieux.  Paul a déjà dit tout ce que je veux dire, comme il le fait si souvent dans la plupart des occasions.  Je ne le retiendrai pas contre lui, cependant.  Je veux utiliser les paroles de Paul comme un tremplin, car il dit des choses importantes dans ce texte sur la vraie signification de la vie en communauté chrétienne.  Christ Church est une communauté qui m’a soutenu et m’a nourri pendant de nombreuses années.  Mes paroles cet après-midi se veulent donc le reflet et le témoignage de cette réalité. 

Qu’est-ce que saint Paul veut nous dire?  J’aimerais souligner deux grands thèmes.  Tout d’abord, il y a cette merveilleuse phrase: « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser… »  Il touche ici à la nature contre-culturelle du message chrétien.  Je crois que cela deviendra une réalité et un besoin de plus en plus pressants dans un monde qui semble s’intéresser de moins et moins à la lumière resplendissante de la vérité.  Deuxièmement, Paul nous rappelle une fois de plus la force et la beauté spéciales de la différence comme source d’unité.  Pourquoi nos églises et nos sociétés ont-elles tant de mal à savoir apprécier cela?  C’est un défi récurrent, et un que nous, en tant que chrétiens et chrétiennes, sommes appelés à relever à maintes reprises, avec une fréquence et une urgence de plus en plus croissantes.

Tout au long de l’histoire, l’Église a généralement assumé son rôle social de deux grandes façons: soit en tant qu’une institution de ce qu’on pourrait appeler «la maintenance du monde», un rôle plus conservateur ou traditionnel, et de l’autre côté, comme agent de l’imaginaire prophétique, soit une source d’opposition et de changement.  Paul est assez clair quel côté il choisit: le prophétique.  Pour lui, la foi en Jésus exige que nous soyons à contre-courant, que nous existions en dehors des attentes sociales normales.  « Ne  prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu: ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. »  Cela peut nous paraître comme une bonne perspective, ou peut-être une qui nous effraie.  Bien sûr, Paul ne s’attend pas à ce que nous vivions totalement isolés ou en dehors du monde que nous habitons, même si cela a été essayé à de nombreuses reprises avec un succès mitigé.  En réalité, Paul veut nous rappeler certaines vérités essentielles: que la voie tracée par le monde n’est pas toujours et partout le chemin de Dieu, mais très souvent contraire à celui-ci; que nous devons devenir conscients de ça par l’entremise d’un véritable renouvellement et d’une régénération profonde de notre façon de penser et d’agir; et cela garantira, enfin, que nous vivons selon les valeurs et les attentes de Dieu.  En d’autres termes, nous sommes convoqués à devenir des prophètes.  Oui, des prophètes, même des sortes d’étrangers pour un engagement critique avec notre monde.  C’est un défi sacré.

Être un « outsider » peut nous donner l’avantage d’une perspective critique, en plus d’un sentiment de liberté dans nos actions.  On ne pense généralement pas aux cathédrales comme de grands endroits de contrariété—ils ont tendance à être plutôt statiques—mais je vous encourage à penser à cette cathédrale en particulier comme tel.  En fait, nous y sommes déjà depuis un certain temps.  Pensez aux « premiers pas » que nous avons franchis en termes d’ordination des femmes, du soutien auprès des personnes LGBT et au mariage entre conjoints de même sexe,  d’une véritable ouverture à nos compatriotes francophones, et d’un engagement passionné et soutenu pour les défis de justice sociale.  Depuis des années, nous entendons ici l’appel de Dieu, et nous cherchons le discernement de la volonté divine et le renouvellement de nos esprits.  Ce que nous avons fait va bien au-delà de la simple charité chrétienne—une notion plutôt paternaliste—et se rapproche de plus en plus à un réaménagement prophétique de l’identité chrétienne.  Je fais donc écho au souhait de saint Paul pour vous afin que vous persistiez à vivre en tant que communauté en non-conformité avec le monde présent, en marchant un peu devant lui, en décalage, et en poussant, même forçant ce monde et notre église à répondre aux vraies normes de Dieu, et non à ses propres attentes illusoires.

Le second grand thème de Paul, celui de l’unité dans la diversité, peut nous paraître familier et même un peu cliché.  Nous en avons entendu parler si souvent, que nous pouvons perdre le sens de sa profonde et riche signification.  Pourquoi Paul nous rappelle-t-il la remarquable panoplie de dons qui existent parmi nous, et qui sont encore retrouvés dans notre église ici aujourd’hui, et à quel usage devons-nous les mettre?  Une communauté chrétienne n’est rien, sinon un rassemblement de différences.

Dieu a donné à chacun et chacune de vous une grâce spéciale, un don unique, en appui à la vie de cette communauté chrétienne.  Paul nous le rappelle pour deux raisons: parce que nous avons souvent tendance à l’oublier, mais surtout, afin que nous puissions réellement faire quelque chose avec ces dons, que nous négligeons trop souvent.  La liste de Paul va du plus grandiose au plus banal, de la prophétie au sourire.  Cela n’implique pas une sorte de hiérarchie, mais il s’agit plutôt d’un échantillonnage exemplaire.  Le message important ici, c’est que chaque communauté chrétienne a besoin d’un éventail large et diversifié de dons et de grâces pour fonctionner efficacement dans l’accomplissement de la mission de Dieu.  Tout comme le corps humain et ses parties multiples, pour revenir à l’une des métaphores préférées de Paul.  Le corps humain, dans ses parties richement interconnectées, est une belle chose à contempler.  Tout comme la communauté chrétienne richement diversifiée.  Elle aussi, c’est une belle chose à voir, car elle parle le langage de Dieu, et manifeste sa bonté et sa beauté.

Au cours de mes années parmi vous, j’ai toujours été surpris—étonné est peut-être un meilleur mot—de voir combien vos dons et vos grâces sont forts, flexibles et iridescents. Vous n’êtes probablement pas conscient de cela dans toute sa complexité humaine, mais nous, en tant que prêtres et dirigeants laïcs, nous l’observons régulièrement.  J’ai vu des personnes venir à cette église parce que d’autres églises les avaient exclues, rejetées ou simplement ignorées.  J’ai vu des hommes gais venir à cette église parce qu’ils ont porté le poids de l’homophobie chrétienne ailleurs.  J’ai vu des croyants et des croyantes venir à cette église parce que leur propre tradition ne leur parlait plus, et parce qu’elle les jugeait toujours. J’ai vu des non croyants venir à cette église parce que la liturgie, la musique ou les mots d’accueil et de soutien de l’un ou de l’une d’entre vous les ont touchés d’une manière particulièrement profonde et vigoureuse.  Dimanche dernier, un homme souffrant de cancer m’a remercié, avec des larmes dans ses yeux, parce que nous lui avons offert de l’espoir et du réconfort lui permettant de faire face à ses craintes en ce moment décisif de sa vie.  Souvent, nous ne nous rappelons même pas quand et comment nous avons pu faire cela.  Peu importe.  Le travail de Dieu se fait ici. La grâce de Dieu est dispensée ici.  L’hospitalité de Dieu est partagée ici.  Et l’amour abondant de Dieu est largement et gratuitement dépensé ici. C’est ça la marque d’une communauté chrétienne vraiment efficace: qu’elle ne s’inquiète jamais de perdre quelque chose en donnant trop d’elle-même.

Peut-être devrais-je simplement terminer par ces conseils que Paul lui-même a donnés à sa communauté chrétienne éloignée à Rome: « Par la grâce qui m’a été accordée, je dis à chacun d’entre vous: n’ayez pas de prétentions déraisonnables, mais pensez à être raisonnables, chacun dans la mesure de la mission que Dieu lui a confiée. »  Ces mots ne me ressemblent pas vraiment.  Loin de moi de vous conseiller sur la façon dont vous devriez penser à vous-même.  Je ne sais pas comment les prêtres ont pu dire de telles choses dans le passé.  Mais je dirai ceci. L’injonction de juger sobrement des dons spécifiques qui vous ont été donnés par Dieu en appui à la vie de cette communauté de la cathédrale, puis de les mettre pleinement à l’œuvre pour faire progresser la mission de Dieu, est certainement un conseil judicieux et précieux.  C’est bien plus que ça, cependant.  C’est aussi mon dernier souhait pour vous.  Que Dieu vous bénisse de plus en plus abondamment dans votre non-conformité aux valeurs de ce monde.  Et que tous et toutes puissent continuer à trouver ici un lieu de réconfort et d’espoir, un baume pour les âmes blessées, un repos sur le chemin vers une nouvelle demeure et, finalement, de plus en plus un lieu de rassemblement de personnes formées à l’image même de Dieu. 

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